Hubert de Beaufort         Le Livre Blanc      
                Une étude exhaustive de l'histoire de l'occupation de Bordeaux
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- Robert de La Rochefoucauld, : agent du SOE
(1)
et Résistant parachuté à Bordeaux

« J’ai su rapidement que l’homme clé de la Résistance à la Préfecture, c’était le Secrétaire Général, Maurice Papon»

(1) SOE. Special Operation Executive : dépendant du ministre britannique de la Guerre Economique, chargé de coordonner toutes les actions menées contre les forces du IIIème Reich et dont la section française (French Section) dépendait du colonel Buckmaster.


Biographie et témoignage d’un Résistant d’exception

Né le 16 Septembre 1923, il a seize ans lorsque la guerre éclate et n’a pas encore atteint ses dix sept ans au moment de la capitulation. Sa première rencontre avec la Résistance, il la doit à un postier de Soisson qui interceptait les lettres de dénonciation adressées à la Gestapo. Ce postier courageux et solitaire montre un jour à la mère du jeune Robert une missive présentant son fils comme un dangereux terroriste. Il était en effet exact que Robert de La Rochefoucauld ne cachait pas ses sentiments gaullistes et anti-allemands  : inquiète, sa famille l’envoie à Paris où il fait la connaissance d’un intermédiaire résistant lui proposant une filière vers l’Espagne, afin de rejoindre les Forces Française Libres.

En août 1942, le futur Résistant débarque à Perpignan avec une fausse carte d’identité, et c’est accompagné de deux aviateurs anglais qu’il franchit la frontière. Interpellé par la police espagnole, ils sont internés tous les trois au camp de Miranda durant deux mois, avant d’être pris en charge par l’ambassade anglaise qui organise leur transfert à Londres par avion.

Robert de La Rochefoucauld se voit alors proposer un engagement au SOE britannique. Présenté au général de Gaulle auquel il explique son dilemme, car il préfèrerait s’engager dans les FFL, le chef de France Libre lui répond en ces termes :

même allié avec le diable, c’est pour la France, allez y ".

Après un entraînement intensif, il est parachuté en France, avec pour première mission le dynamitage de la centrale électrique d’Avallon. Le sabotage réussira, mais en Novembre il tombera dans une souricière tendue par la Gestapo. Après des interrogatoires musclés, on lui annonce son exécution. Avec un autre Résistant ils sont chargés dans un camion à destination d’Auxerre où sont déjà embarqués les deux cercueils qui leur sont destinés et qui leur servent de siège. Profitant d’un relâchement de surveillance, Robert saute du camion en marche et prend la fuite sous les balles de ses gardiens.

C’est une course folle, lorsqu’au détour d’une rue il tombe sur une voiture allemande en stationnement qui est munie d’un fanion officiel : le chauffeur déambule à quelque pas de là en attendant son passager. Le fugitif s’approche lentement, constate que la clé de contact est en place, ouvre la portière et démarre en trombe. Un coup de feu tardif ne peut arrêter le véhicule.

L’objectif serait de rejoindre Paris, mais l’alerte a été donnée et vingt kilomètre plus loin un barrage est déjà en place. Le conducteur ralentit, approche des chevaux de frise, et accélère au dernier moment en renversant un des deux soldat : nouveaux coups de feu qui n’atteignent toujours pas leur cible.

Robert de La Rochefoucauld comprend qu’insister est inutile : il prend un chemin de traverse qui aboutit à une carrière, y fait basculer la voiture et quitte rapidement les lieux à pied. Paris sera rejoint en train avec une nouvelle alerte dûs à un contrôle policier qui l’oblige à se cacher dans l’encoignure des WC. Durant quelques semaines il profitera des retrouvailles familiales pour renouer avec son réseau qui lui annonce que son retour sur Londres s’effectuera cette fois–ci en sous marin à partir de Calais.

Le voyage s’effectuera sans incident majeur et le SOE récupère son agent qui devra maintenant se préparer à une mission en Gironde. En mai 1944, il est parachuté avec un radio avec comme objectif la poudrerie de St Médart en Jalles situé à 20 kilomètres de Bordeaux. Réceptionné par le groupe Bayard, il s’intègre au groupe des ouvriers français travaillant sur le chantier, introduit jour après jour pains de plastic et détonateurs afin de préparer la mise à feu du dispositif. Le jeudi 20 mai à 19h 30, à l’heure prévue, la poudrerie partira en fumée.

Après s’être terré deux jours chez les Résistants, il quitte son refuge pour Bordeaux où l’attend " Aristide " le chef régional du SOE. Le trajet s’effectue de nuit en bicyclette par des chemins de traverse, mais hélas les Allemands alertés fouillent la campagne et dans un tournant notre terroriste tombe sur une patrouille qui ne se laisse pas impressionner par le prétexte d’une petite amie visitée furtivement. Robert de La Rochefoucauld est conduit sous bonne escorte au fort de Hâ, à Bordeaux, où sévit la brigade du commissaire Poinsot et la Gestapo de Dohse.

Comme nous sommes un Samedi soir, l’équipe de garde lui annonce qu’il sera interrogé le Lundi matin par le commandant instructeur. Trente six heures pour réfléchir sur un avenir bien sombre : pas d’adresse crédible de petite amie, pas de domicile officiel et pas d’identité vérifiable. Deux solutions : la pilule de cyanure placée dans le talon de sa chaussure ou l’évasion en feignant une crise d’épilepsie ? C’est une fois encore l’audace qui est choisie.

A deux heure du matin, le prisonnier se couche par terre en poussant des hurlements. Un gardien vient voir la cause du charivari et ouvre la porte de la cellule : La Rochefoucauld bondit, assomme l’Allemand, lui brise la nuque, enfile sa veste et son ceinturon, s’empare du revolver et l’arme soigneusement. En silence, il se dirige alors vers la sortie où deux gardes sont en faction : il les abat avant qu’ils puissent réagir. Notre James Bond quitte la prison calmement après avoir refermé la porte et lancé la clé dans une bouche d’égout. La chance continuera de lui sourire : il retrouvera Aristide, le redoutable responsable du SOE, (rappelons que c’est lui qui exécutera Grandclément et sa femme deux mois plus tard).

Robert de La Rochefoucauld terminera la guerre avec le réseau Charly, sautera sur une mine, ira en Occupation en Allemagne, formera des commandos pour l’Indochine, préparera des parachutages dans le SinaÏ en 1956 avant de déposer les armes… pour combien de temps ?

Ce Résistant hors du commun s’est exprimé en ces termes sur l’affaire Papon :

Je considère que deux chose sont importantes dans la vie d’un homme, la justice et l’amitié. L’amitié je m’en charge, hélas la Justice ce n’est pas moi ".

Comment une Cour d’Assises a-t-elle pu mettre en balance le témoignage d’un Slitinsky avec celui d’un La Rochefoucauld ? Pire, pourquoi a-t-elle retenue des affabulations démontrées et récuser tout ce qui touchait aux témoignages de la Résistance ?

© Hubert de Beaufort, Paris 2001